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2007 - Au premier faux pas...

Texte d’Amalia BRION

Le dimanche 18 novembre, lors du regroupement régional des CEMEA Languedoc Roussillon, lors d’un atelier de réflexion, un des groupe a visionné un film s’intitulant ‘‘Au premier faux pas...’’ sur une expérience au sein d’un centre éducatif fermé.

A mesure que les images défilaient devant nous, des interpellations, des réflexions, des commentaires, des silences, des rires parfois ont envahit la pièce. 52 minutes, telles une photographie d’un travail éducatif, des réponses données, du rapport à la loi suite aux actes posés par des mineurs. Après la projection, nous en avons débattus ensemble... Je ne vais résumer le film ou reprendre ici le contenu de nos échanges. Car cela, n’apporterait pas de réponses aux questions que chacun peut être amené à se poser, mais je vais tenter de contextualiser ce ‘concept’ de délinquance des mineurs afin d’amener ou non à une réflexion propre à chacun.

Les centres éducatifs fermés s’adressent aux mineurs multirécidivistes ou multiréitérants qui font l’objet d’une mesure de contrôle judiciaire ou de sursis avec mise à l’épreuve. Ils constituent une alternative à l’incarcération et viennent toujours après l’échec de mesures éducatives. Le terme "fermé" renvoie à la fermeture juridique définissant le placement, c’est-à-dire que tout manquement grave au règlement du centre est susceptible d’entraîner une détention.
Je n’ose me lancer dans un débat pour ou contre ces nouvelles structures : centres éducatifs fermés, centres éducatifs renforcés, établissements pénitentiaires pour mineurs-les derniers nés - car je suis seule face à mes mots et que je me sens un peu isolée. Néanmoins cela pourrait être un prochain débat qui provoquerait sans nul doute une prise de position de la part de personnes éduquantes que l’on soit parents, enseignants, animateurs, éducateurs, formateurs ou simple citoyens... Car il me semble que la c’est bel et bien le mode d’éducation et les réponses apportées lors d’une conduite déviante qui est le nœud de la question et de la réflexion.

Depuis quelques années, une multitude de structures dites ‘nouvelles’ se sont ouvertes sur le territoire le but étant de répondre différemment à la montée de délinquance juvénile. Il est vrai que depuis une dizaine d’années, les média et les politiques ne cessent de parler de cette violence soi-disant si omniprésente dans le quotidien de tout un chacun... Je ne peux m’empêcher de penser que cela fait le jeu de certains, et le drame d’autres. Qui dit mineurs, dit moins de 18 ans... La violence est inhérente à la société, cela est vrai. Il est difficile de rester dans l’idée qu’un jour elle ne le sera plus. De tout temps la violence a existé mais notre regard sur celle-ci a été modifié au cours des siècles et particulièrement lors des dernières décennies. Sommes nous choqués par la violence des résistants lors de la Seconde Guerre Mondiale ? Non, car nous trouvons leur combat juste et nécessaire... Certains résistants étaient mineurs pourtant...

Après la sacralisation de l’enfant, nous prenons en pleine figure des images d’extrême violence : voitures qui brûlent, bibliothèques, écoles incendiées, une jeune fille brûlée dans un bus à Marseille... Après le nettoyage au karcher, on nous parle de voyoucratie... Est-ce que ces jeunes sont devenus incontrôlables, sans conscience, plus voyous que leur grand frère ou nos parents ?
Je me propose de poser les questions autrement. A-t-on été à la rencontre des ces jeunes ? Nous connaissons-nous ? Ne sont-ils pas de plus en plus désemparés que leur grand frère, que leurs parents ? Quels sont leur mode d’expression ? Pourquoi les médias ne parlent d’eux que lorsqu’il y a un problème et donc de façon négative ? Ont-ils d’autres formes d’expression que ces faits extrêmes empreints d’un désoeuvrement important ?
J’avoue qu’il m’est difficile de donner une réponse, à vrai dire je n’en ai pas. Elles ne cessent d’évoluer, de s’affiner ou d’être ébranlées... Le jour où nous n’avons plus de questions, il faudra certainement s’inquiéter. Alors je me demande.
Que devons nous faire ? Attendre ? Observer ? Ou à un moment donné agir, s’engager... ? L’action n’est-elle pas un moyen de capitaliser sur l’avenir ?
L’agir et l’éducatif ne permettrait-il pas d’investir et les faire investir leur futur ? Pourquoi ne ferait-on pas confiance à la jeunesse de nos quartiers ?
Il nous faut reconnaître qu’il arrive fréquemment que la discrimination jalonne leur parcours et ce depuis leur plus jeune âge (orientation scolaire, contrôle d’identité fréquent, accès à l’emploi, au logement...)
Est-on bon ou méchant en fonction du territoire où on naît, ou on grandit ? Ou de son origine ? Pourquoi parle-t-on toujours de l’autre, comme l’étranger ? Ils sont comme nous... des français...

Il m’est souvent arrivé de me demander dans quelle réalité on était. Quelles étaient nos représentations, nos perceptions, que ce soit au niveau des jeunes, des professionnels (qu’ils soient enseignants, animateurs, travailleurs sociaux) mais aussi au niveau des gendarmes, de la police dont la culture professionnelle est autre que la notre. Parfois je me suis longuement interrogée sur les attitudes, les discours que pouvaient avoir aussi mes collègues. Est-il acceptable de dire d’un enfant de 10-11 ans qu’il finira comme son frère, en prison ? N’avons-nous pas alors une part de responsabilité si cela se réalise ? L’éducation n’est-elle pas universelle ? Qu’avons-nous fait de notre devise : Liberté, EGALITE, Fraternité...

Jusqu’où, jusqu’à quand accepterons-nous ce fonctionnement, cette séparation, ce clivage ?... Resterons nous silencieux sans rien faire ? La délinquance est-elle une fatalité si nous sommes magrébins ou noirs ? Si on est convaincu du contraire... qu’attendons nous pour essayer de changer le cercle vicieux dans lequel ces jeunes s’inscrivent ? Quand irons-nous dans ses territoires ? Quand laisserons-nous notre peur au vestiaire ? Quand accepterons-nous de travailler différemment ?

Aux Cémea, nous avons, nous défendons bon nombre de valeurs, telles que la transmission, l’échange de savoirs, de valeurs, de cultures, alors que d’autres n’existent que par l’image qu’ils ont, ne sont reconnus que dans leurs actes délictueux et/ou criminels. Comment se séparer de son image alors que celle-ci est un moyen d’existence, de reconnaissance ? Ce besoin est vital, il suffit de se reporter à la pyramide de MASLOW... Cependant quelque soit notre expérience, nos connaissances théoriques (sociologie, psychologie, positionnement éducatif, le mode de relation, etc...) chaque rencontre avec un jeune amène une nouveauté, une nouvelle forme de relation, notre mode d’action, notre accompagnement, notre posture professionnelle peut être différente, s’adaptant à l’individu, au contexte, au parcours, mais aussi à notre statut et à la mission que l’on a auprès de lui. Cette réflexion, ce questionnement est essentiel afin de connaître notre rôle, les enjeux à la relation, afin de savoir quelle attitude adopter afin de l’accompagner au mieux tant au niveau personnel, qu’au niveau de la reconnaissance de sa responsabilité face à ses actes, la prise en compte de la ou des victimes, le rapport à la règle, à la loi, et la construction de l’après (par la mise en place de projet personnels, d’insertion...) malgré l’attente du jugement. Un seul but : lui permettre de grandir.

Je ne nie pas la place de la victime, ni l’importance des limites et donc de la sanction. Cependant le concept de ‘victime’ et la prise en compte de celle-ci ne peut exister que par la prise de conscience du mal qui lui a été fait, car on le reconnaît en tant qu’être et en tant que victime des actes qui ont été posés par l’auteur.
La loi permet d’organiser la vie de chacun au sein de la société. Lorsqu’on transgresse la règle qu’on s’attaque aux biens d’autrui, aux biens publics ou à autrui, il y a des conséquences pour ceux-ci. Il parait alors normal qu’une réponse existe. Cependant il faut que la sanction soit adapté à l’acte posé mais aussi à l’âge de l’auteur. Peut on condamné des enfants de 13 ans de la même façon qu’un jeune de 17 ans et demi ou un adulte de 25 ou 45 ans ? Il est vrai qu’on ne peut ne pas sanctionner un jeune qui a commis des délits, qui a commis des crimes, que ce soit volontaire ou non, ou des multirécidivistes. Une non réponse engendre alors un sentiment de puissance et parfois la récidive. Ces étapes ci-dessus favoriseront cette prise de conscience... et qu’enfin ils deviendront responsables de tous leurs actes, qu’il puissent élaborer des projets, comme tout à chacun.
En France, nous avons une justice qui tient compte de la minorité des auteurs. Mais l’excuse de minorité, qui n’empêche pas la sanction, est remise en question notamment quand on parle de majorité pénale à 16 ans... Majorité uniquement pour la sanction mais pas pour l’ensemble des choses. Si on est grand c’est pour tout non ?

Mon constat à ce jour est peut-être sévère, mes mots rudes... Ils sont à la mesure de mes pensées quotidiennes en travaillant auprès de ces jeunes, plus désemparés que violents, aspirés, broyés par une sorte de machine infernale, rêvant parfois d’être à notre place car notre vie leur parait si facile (logement, travail, argent...) Notre vie est-elle un rêve au quotidien ? Il ne me semble pas pourtant que l’adulte vit dans un monde parfait, ou dans le monde de Candy ou des Bisounours...
Ce sont des enfants, sans armes et pourtant parfois armés par le désespoir, l’injustice, la discrimination dont ils peuvent être victime... Ils n’ont pas trouvé une autre forme d’expression que la violence... Ils hurlent. Combien de temps resteront nous sourds ? Quand irons-nous réellement à leur rencontre ? Qui fera les premiers pas ? Eux ? Nous ? N’est ce pas aux adultes de le faire ?

Parfois on ne sait que faire, quoi dire. On est démunis. On a l’impression que rien n’a de prise, d’impact, d’influences... comme si une spirale infernale c’était enclenché et qu’on n’arrivait pas à faire autrement... Tel un serpent qui se mort la queue. Et pourtant on sait, on est convaincu que chacun peut évoluer au cours de sa vie. C’est sans doute cela le nerf de la guerre... On a raison de le croire. Et puis les faits nous le prouvent parfois. Il y a des jours où on entend quelques mots, un merci, aperçoit un sourire ou des larmes...
Je pense à ce jeune, qui il y a quelques semaines, me demandait si j’avais entendu les regrets dits à la barre du tribunal pour enfants. Il les avait formulé, comme il l’a pu, avec ses mots, ses maladresses et ses dix huit ans. J’ai saisi l’importance que pourrait avoir ma réponse. En quelques mots je lui ai dit qu’une tortue sans carapace c’était beau mais aussi qu’il me semblait que la construction avait plus de sens que la destruction et qu’il ne faudrait pas l’oublier lors de son incarcération... Une fois condamné, un regard, des larmes plein les yeux et ces quelques mots à mon égard : ‘‘J’espère que j’arriverai à faire ce dont on a parlé... pour mon fils qui va naître quand je serai en prison.’’

Dans les deux cas, pour nous s’installent les interrogations, le silence, les doutes, parfois le néant ... et l’affect aussi. Ces enfants, si on gratte un peu, sont plus fragiles que méchants... Malgré ce qu’on nous dit.
Tout ça est une question de temps. On a tous des rythmes différents. Il arrive que certains enfants aillent plus vite que d’autres, sans faire trop d’erreurs, et puis les autres... qui avancent comme des escargots ou des tortues... mais qui avancent. L’éducation, donc la prévention ont et auront toujours plus d’impact que la répression. Celle-ci n’aura de sens que si le reste a été fait avant. La réalité est là. Pour l’instant, la seule réponse apportée à ces jeunes est de les laisser sur le carreau dès le premier faux pas...

À Jordan, Fayssal et Vic...

Amalia BRION

CEMEA LR
Clos Barlet 501 rue Métairie de Saysset CS 10033 - 34078 Montpellier Cedex 3
Tél. : 04 67 04 35 60

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